Chroniques littéraires·Polar-Policier-Thriller

« En tout cas, un TN’T averti en vaut quatre »

Tom Riley et Tess Lorenzi sont officiers de police au bureau des homicides de Las Caidas, en bordure du Pacifique. Depuis plusieurs années, ils mènent leurs enquêtes en binôme et leur relation, parfois ambiguë, fait souvent jaser le commissariat. Mais par-delà une possible attirance, c’est bien l’élucidation des crimes qui ont lieu sur le comté qui les mobilise.

Comme celui de cet homme, David Pounds, retrouvé noyé et contusionné un matin au bord de l’eau, à Lakewood. Il dirigeait une société de services informatiques et semblait mener une vie quelque peu « dissolue ». Voitures de sport, bijoux, voyages, multiples conquêtes féminines et affaires pas toujours très orthodoxes, en un mot le portrait du parfait flambeur. Sa mort serait-elle liée à une vengeance amoureuse ? Une dette de jeu ? Ou au contraire, Pounds aurait-il joué les maîtres-chanteurs ?

Pour Riley et Lorenzi, la liste des ennemis potentiels se révèle presque aussi longue que les plages de Californie. Mais le temps presse car les statistiques sont formelles : un crime qui n’est pas résolu dans les trois premiers jours a de fortes chances de ne jamais l’être…

[Ce que j’en pense:] J’avais eu l’occasion de chroniquer le premier roman de Chris(tel) Diehl, Enola Game, lors de sa sortie. C’est donc avec plaisir que j’ai lu celui-ci car l’auteur aborde un nouveau genre littéraire, le roman policier. Même si ce fut une bonne lecture détente, ce n’est clairement pas le polar de l’année.

On va commencer avec le duo d’enquêteur. Il est composé de Tom Riley et Tess Lorenzi. Ils sont très efficaces dans leur travail, ils le font très bien, ça je ne peux pas le nier. Par contre, rien à faire mais je ne me suis pas attachée à eux. Il m’a manqué ce petit quelque chose qui fait que j’arrive à m’attacher aux personnages, qui me fait avoir peur ou vibrer pour eux. Je pense que cela vient aussi du fait que la 4e de couverture n’est pas tout à fait juste. Le « leur relation, parfois ambiguë, fait souvent jaser au sein du commissariat » annoncé n’est pas présent. Certes, il y a de l’attirance entre eux, on sent qu’ils ne sont pas indifférents l’un à l’autre mais cela reste tellement minime que je me suis demandée pourquoi cette accroche avait été mise dans les premières lignes du résumé.

Ensuite, l’enquête est bien ficelée mais pour ma part, le mort l’a bien cherché. Ce n’est qu’un juste retour des choses. Du coup, je n’avais pas envie de voir cette enquête résolue car le meurtrier (que j’ai deviné bien avant la fin) a plutôt fait une bonne action en le tuant.

Pour finir, on retrouve dans le roman certaines phrases ou mots en anglais. Alors d’accord, les événements se déroulent aux Etats-Unis mais le livre est écrit en français. Du coup, cela m’a souvent gêné. S’il y a des mots propres à la police américaine qui ne peuvent pas vraiment trouver de traduction dans le contexte français, là je comprends pourquoi il faut les laisser en VO avec une explication en note de bas de page. Mais dans certains cas, c’était tout bonnement inutile. Par exemple à la page 117 (118 ou 119, mais dans cette zone là ^^), on peut lire dans le texte « I owe you one, pal » et la traduction en française est en note de bas de page… Pourquoi?

En conclusion, cette lecture convient pour un moment détente car le roman se lit très facilement. Mais si vous cherchez un bon roman policier avec une intrigue bien ficelée à vous mettre sous la dent , passez votre tour.

Blackmail blues – Chris Diehl / Editions du Toucan (Toucan Noir), 2017, 269 p., 18€

Chroniques littéraires·Polar-Policier-Thriller

« Il avait fallu que je le tue, mais j’étais soudain incapable de me rappeler pourquoi »

Tout ce que vous croyez savoir sur Maestra… est faux.

Judith Rashleigh mène une vie de luxe à Venise. Jusqu’au jour où son passé remonte à la surface et menace de tout faire s’écrouler. Quelqu’un connaît ses crimes et tente de la faire chanter. Pour acheter son silence, elle doit retrouver une oeuvre d’art mythique. Mais elle n’est pas la seule sur le coup… Cette fois-ci, Judith n’a plus aucun contrôle. Surpassée et manipulée, démunie et vulnérable, elle va devoir affronter le plus redoutable des ennemis. Et si elle ne gagne pas cette bataille, elle n’en sortira pas vivante.

[Ce que j’en pense:] Le tome 1, Maestra, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Mais j’étais quand même curieuse de voir comment Judith Rashleigh allait continuer de s’en sortir.

Malheureusement, je n’ai pas vraiment retrouvé les deux ingrédients du premier tome. L’aspect érotique est bien moins présent, voire quasi inexistant, et Judith tue beaucoup moins que dans le tome précédent. L’enquête est aussi moins poussée et sans réelle surprise. Du coup, l’appellation « une trilogie noire et érotique » mentionnée sur la 4e de couverture perd un peu de son sens.

Cependant, il faut reconnaître que le personnage de Judith ou Elisabeth est vraiment atypique. Elle ne pense qu’à son avenir, n’hésite pas à tuer des gens pour le préserver, elle utilise son corps comme bon lui semble pour parvenir à ses fins. Bref, vous l’aurez compris, c’est un personnage qui n’a pas froid aux yeux!

Le gros point fort du livre (qui est aussi valable pour le tome 1), c’est la peinture, l’autre personnage principal de ce roman. Là on sent que l’auteur a étudié l’histoire de l’art. J’ai vraiment apprécié cet aspect car mine de rien on apprend beaucoup de choses. De plus, cela m’a rappelé le cours d’arts et histoire que j’ai eu en 2e année. Ici l’auteur va plus spécifiquement se focaliser sur le Caravage.

En conclusion, en apprendre toujours plus sur la peinture à travers ces romans est une bonne idée. Mais je n’ai pas été transportée par les aventures de Judith comme dans le premier tome. La fin me donne tout de même envie de lire le troisième et dernier tome pour savoir comment se conclura cette trilogie.

Domina – L.S. Hilton / Editions Robert Laffont (La Bête Noire), 2017, 373 p., 18.90€

Judith décapitant Holopherne – Caravage (1598). Galerie nationale d’art ancien (Rome)
tous les livres sur Babelio.com
Chroniques littéraires·Polar-Policier-Thriller

« Une femme qui cherche à s’élever dans ce monde doit être encore plus cruelle que les hommes »

A dix-sept ans, Gwendolyn Bloom est loin d’avoir une vie ordinaire. Sa mère a été assassinée sous ses yeux dix ans auparavant et, depuis, elle a suivi son père, diplomate,  aux quatre coins du globe. Installée à New York il y a peu, elle a du mal à se fondre dans le moule de la lycéenne lambda. Le destin a, de toute façon, d’autres projets pour elle… Le jour où son père disparaît à l’étranger, Gwendolyn voit sa vie basculer. Le gouvernement américain refuse de s’en mêler et elle décide de partir à sa recherche, seule. C’est le début d’une longue traque et d’un voyage qui va la changer à tout jamais. Contrainte d’infiltrer les milieux criminels les plus dangereux, Gwendolyn découvre la face cachée de l’Europe, de Paris à Prague, en passant par Berlin. Pour survivre dans ce nouvel univers, elle n’aura pas le choix, elle devra devenir aussi impitoyable que ses ennemis. Saura-t-elle puiser en elle cette cruauté?

[Ce que j’en pense:] Ce livre commence sur des clichés, tout peut paraître se dérouler trop facilement mais je dois le reconnaître, ce livre est efficace.

Tout d’abord, nous avons affaire à une héroïne assez atypique qui a vu sa mère mourir sous ses yeux et son père voyage beaucoup dans le cadre de son travail. Ce qui fait qu’elle parle plusieurs langues et n’a pas vraiment d’amis. Quand je dis que le début est cliché c’est qu’elle n’est pas la plus populaire de l’école, elle se fait malmener par les pestes et l’ami qu’elle se fait est un geek. Plus cliché que ça, on meurt. Mais la tournure des événements va faire voler tout cela en éclat. J’ai aimé la voir devenir quelqu’un d’autre dans le seul but de retrouver son père, j’ai aimé la voir affronter des situations qui sont très difficiles, la voir essayer de tirer son épingle du jeu et devoir s’endurcir pour survivre. A ce moment-là, le titre du livre prend tout son sens.

Maintenant, je vais parler de facilité. Parce qu’il ne faut pas se mentir, une fille même pas majeure qui a une formation accélérée en krav maga et qui arrive aussi facilement à traverser les obstacles qui se dressent sur son passage, j’y crois moyen. Surtout quand le grand méchant, qui est censé être un mafieux de première, se fait avoir du début à la fin par une ado. C’est assez paradoxal avec les situations assez dures que l’auteur fait vivre à Gwen.

Après un départ assez lent, la suite de l’histoire se révèle assez rythmée. On court de pays en pays avec Gwen dans l’espoir de retrouver son père, on se demande ce que l’on ferait si on était confronté à de telles situations, on a peur pour elle, bref on passe par un melting pot d’émotions. La fin nous tient également en suspens car on se demande vraiment ce qui va pouvoir lui arriver dans les prochains livres. Scott Bergstrom a une écriture assez visuelle, il n’est pas difficile de se faire le film des événements dans notre tête et sa plume est également très fluide.

En conclusion, même si le récit n’est pas parfait, il est diaboliquement efficace. Un vrai « page turner » !

The cruelty, tome 1 – Scott Bergstrom / Editions Hachette, 2017, 425 p., 18€

Chroniques littéraires·Polar-Policier-Thriller

« Si tu cherches le diable, tu trouveras tous les diables du monde dans un seul homme »

Sur dix-huit mille assassinats par an aux États-Unis, seulement deux cents sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne songe à faire un lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et obsédé par les serial killers, celui-ci découvre en effet que ces meurtres ont été commis à la date anniversaire d’un meurtre ancien, œuvre à chaque fois d’un tueur en série célèbre, selon des procédures rigoureusement identiques jusque dans les moindres détails. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s’inspire de ses prédécesseurs et leur rend ainsi un funèbre hommage ? En compagnie de Karen Langley, une journaliste du City Herald, et de Ray Irving, détective du NYPD, John va se livrer à la traque de cet assassin très particulier, à l’intelligence aussi fulgurante que morbide et à la virtuosité impressionnante.

[Ce que j’en pense] Ce livre est une vraie bombe, impossible de le lâcher. En fait, ce qui m’a surtout étonnée dans ce livre, c’est que l’on parle d’un serial killer qui reproduit des meurtres d’autres serial killers mais ce n’est pas un thriller méga rythmé. Malgré le nombre élevé de victimes, l’enquête prend le temps de se dérouler. A mon avis, c’est surement pour renforcer le fait que l’enquête est menée réellement par un seul policier, Ray Irving secondé d’un documentaliste et d’une journaliste. Il est vrai qu’il est difficile de mener une enquête à 100 à l’heure avec aussi peu d’effectif.

Si vous êtes passionnés (ou bien « fortement intéressés » on va dire parce que dans ce contexte « passionnés » risque de faire bizarre) par les serial killers, jetez-vous sur ce roman. A chaque fois, je ne pouvais pas m’empêcher d’essayer de retrouver quel serial killer avait été copié et quel serait le suivant sur base des indices semés par le serial writer RJ Ellory. On sent par là que le livre a été préparé et documenté. Et ça, ça me plait. Petite parenthèse, je vous conseille le très bon Serial Killers écrit par Stéphane Bourgoin, spécialiste français des tueurs en série si vous souhaitez vous documenter sur eux.

Les personnages sont vraiment attachants et vrais. Les victimes, avec qui on fait connaissance un peu avant leur meurtre, nous donnent envie de tout faire pour les sauver. Cela m’a même fait verser quelques larmes de savoir que l’issue serait inévitable, surtout pour les deux derniers meurtres (ceux qui ont lu le livre comprendront). A la fin, j’avais l’impression d’être dans le même état d’esprit que les personnages principaux, de ne pas être ressortie indemne de cette enquête.

En conclusion, c’est le deuxième RJ Ellory que je lis et je suis toujours aussi conquise. Un auteur à surveiller de très près donc 🙂 Sur ce, je m’en vais lire une petite romance pour me remettre de mes émotions…

Les assassins – RJ Ellory / Editions Sonatine, 2015, 568 p., 22€

Chroniques littéraires·Polar-Policier-Thriller

« Peut-on commettre un meurtre en chaussettes ? »

Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L’inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un « truc bête et méchant »
qui fait perdre son temps à la police… Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la « Cité des Jarres », une abominable collection de bocaux renfermant des organes…

[Ce que j’en pense] Il faut savoir que La cité des Jarres, qui est considéré comme le premier tome en français, est en réalité la troisième enquête d’Erlendur Sveinsson mais les deux premières enquêtes (Synir duftsins et Dauðarósir) n’ont pas été traduites en français.

Première incursion en terre islandaise réussie! J’ai littéralement dévoré ce roman! Au premier abord, le meurtre parait affreusement banal. Mais au fur et à mesure de l’enquête, le lecteur se rend compte de toute la complexité de cette affaire. Si cette enquête m’a autant prise aux tripes, c’est parce qu’au fond de moi, je ne voulais pas qu’elle soit résolue. Quand la personne assassinée se révèle être une pourriture de première qui a passé sa vie à faire du mal, il ne faut pas s’étonner s’il y a un retour de bâton. Cela me fait bizarre de résonner ainsi parce que personne ne mérite d’être tué, c’est fou ce que l’on peut découvrir sur soi en lisant.

J’ai aussi fortement accroché au personnage d’Erlendur parce qu’il n’est pas parfait, loin de là. Sa vie de famille est en lambeaux, il n’a pas un mode de vie très sain, il est cynique, direct, pas toujours fréquentable mais c’est justement ce qui le rend très humain. Il nous montre qu’il est quelqu’un qui ne lâche pas facilement l’affaire, qu’il est persévérant et que cela finit toujours par payer. Ses deux collègues, Elínborg et Sigurður Óli, qui le supportent à longueur de journée, sont aussi deux personnages intéressants que j’ai hâte de voir évoluer au fil des enquêtes.

La vie en Islande rythmée par le temps et les secrets que portent les gens et les familles ne sont pas toujours joyeux. Mais tout cela n’entame en rien mon envie d’un jour visiter ce pays. Grâce à ce livre, j’ai également appris la signification de deux suffixes que j’avais déjà vu plusieurs fois: -son qui veut dire « fils de » et -dóttir qui veut dire « fille de ».

En conclusion, j’espère vite trouver les autres enquêtes du commissaire Erlendur!

Commissaire Erlendur Sveinsson, tome 1 : La Cité des jarres – Arnaldur Indriðason / Editions Point Deux, 2011, 576 p., 11.20€